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L’Invention de Nithard
Les deux dames ouvrirent la porte, saisies par l’odeur de renfermé, la poussière, les toiles d’araignées, les fientes : personne n’était monté depuis longtemps, l’abandon était total. Elles marchèrent au milieu des rossignols, des meubles éventrés, des rebuts : à l’évidence, tout était à jeter ; on allait s’y employer. En repartant, Anne Potié buta contre un carton poussiéreux, dont le choc rendit un son étrange. Le carton bâillait, ouvert par l’humidité ; par curiosité, l’administratrice élargit l’ouverture à l’aide de sa torche, en sortit un sac de plastique ; la lumière de la lampe fit apparaître deux fémurs, des tibias, une clavicule, un crâne.
– Enfin, s’écria Jocelyne Martin ; mon mari le cherchait depuis vingt ans.
Bernard Cerquiglini, L’Invention de Nithard, Éditions de Minuit, 2018, p. 14.