Accueil • L’oulipien de l’année • L’Invention de Nithard •
L’apocalypse de Nithard
Les deux femmes ouvrirent la dernière porte du sas de décontamination, les capteurs de leurs scaphandres frémirent en enregistrant l’odeur méphitique de renfermé, la poussière de béton, les filets de protection des drones, les déjections : personne n’était monté depuis longtemps, l’abandon était total. Elles marchèrent au milieu des vieux véhicules automobiles, des immeubles éventrés, des rebuts : à l’évidence, tout était à désintégrer ; on allait s’y employer. En repartant, la Capitanne Potié buta contre un container blindé poussiéreux, dont le choc avec ses pinces automatiques rendit un son étrange. Le container bâillait, ouvert par l’humidité ; par curiosité, la navigatrice élargit l’ouverture à l’aide de son sabre laser, en sortit une bâche de plastique étanche ; la lumière des frontales fit apparaître deux fémurs, des tibias, une clavicule, un crâne.
– Enfin, s’écria l’adjudantine Martin ; mon service le cherchait depuis vingt siècles.
Bernard Cerquiglini, L’Invention de Nithard, Éditions de la Nouvelle Aube, 4018, p. 14.
