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Le ça de Nithard
Paroles de psy en amphi —
… « Ouvrir la porte ! C’est l’essentiel, le geste primordial, sans lui, rien ne se passe. On peut y arriver par volonté, on peut se faire aider. Porte ouverte, alors là, tout est à découvrir, en fait, redécouvrir. Cette porte ouvre une cave, il faut évidemment y pénétrer ; où le ça, en animal sauvage y a fait bien des dégâts, des ravages : ça sent le renfermé, c’est immonde. Pour parler par métaphores, on distingue des toiles d’araignées, des fientes, bien sûr des fientes !, des meubles éventrés, des rebuts, tout est recouvert de poussière, tout est sale, tant ce lieu a été abandonné, car évidemment, le surmoi en a interdit l’accès. Que faire donc ? Eh bien tout nettoyer, inspectant chaque objet, minutieusement. C’est long, pénible, et fastidieux, mais c’est lors de cette tâche ingrate et difficile qu’on peut espérer la vraie trouvaille, tomber sur un carton poussiéreux, ouvert par l’humidité, LE carton qui parle, qu’il faut mettre en lumière. Étonnant, on s’aperçoit qu’il contient un sac, et pour rester métaphorique, ce sac laisse apercevoir deux fémurs, des tibias, une clavicule, un crâne, de quoi recomposer tout un squelette, comme on peut avec des fragments de mémoire faire surgir le corps vivant, vibrant du souvenir, celui qu’on recherchait peut-être depuis vingt ans. Ce sac bien sûr, notez-le, pourrait aussi bien être un paquet ouvert contenant la fameuse madeleine.
Ce processus n’est pas sans analogie avec celui du chercheur en quête de découverte, de l’artiste face à sa création, mais nous en reparlerons plus tard, car il me semble que c’est le moment de vous libérer (le professeur consulte sa montre), oui, ce n’est ni tôt, ni tard, c’est juste l’heure, alors je vous dis à la semaine prochaine. »

