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Le Retour de Nitard

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Le Retour de Nitard —

Les copines côte à côte poussèrent la porte, saisies aussitôt par l’odeur de claustration, la poussière, les toiles d’épeires, le sol crotté : personne n’était passé depuis des lustres, la désertion était totale. Elles piétinèrent entre des accessoires ruinés, des placards transpercés, des détritus : le tout destiné à coup sûr au rancart ; on allait s’en occuper. En repartant, Prosopopée se coinça le pied contre un carton sale, dont l’à-coup rendit un son insolite. Le carton n’était pas clos, dilaté d’eau ; par curiosité, la directrice écarta l’interstice à l’aide de sa lanterne, en sortit un sac de plastoc ; sous l’éclat de la loupiote apparurent les os de Nitard — soit un crâne cassé, des côtes, le reste par duos : péronés, tarses, etc.
– Pas trop tôt, s’écria Proserpine ; notre tonton l’a perdu depuis des années.

Léonard Cerccilini, Le Retour de Nitard, éditions de La Nuit.


Dans son essai Les Rillettes de Proust, Thierry Maugenest teste si un lipogramme à 10 lettres (b, f, g, h, j, k, w, x, y, z) passerait inaperçu dans une page de roman policier, sinon que son procédé ne déploie un style singulier. Ci-dessus "Le Retour de Nitard" arrondit la contrainte à 13 lettres, pour un paragraphe presque normal qui n’utilise qu’une moitié d’alphabet, y compris le titre et les références bibliographiques ; cf lien au testeur de pangrammes & lipogrammes de Gef.