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Le Dormeur du grenier
C’est un grenier sordide où nul rai de lumière
N’accroche le regard au milieu des cartons
Moisis ; où les odeurs de fiente et de poussière
Règnent : c’est un ramas d’infâmes rogatons.
Un vieillard érudit à la tête chenue
Héritier, à coup sûr, d’un lignage au sang bleu,
Dort ; on n’en aperçoit qu’une ombre si ténue
Et pâle qu’il paraît un spectre fabuleux.
Enveloppé d’un sac, il dort. Souriant comme
Sourit une momie antique, il fait un somme :
Craignez de l’éveiller d’un geste maladroit.
Quelques fils d’araignée encombrent sa narine ;
Il dort sans qu’un soupir ne gonfle sa poitrine
Vide. Il a deux fémurs, un crâne, un tibia droit.
D’après Le Dormeur du val.

