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El Delanochedelacajadecartón
Quand la Sainte et la Fée ouvrirent l’huis pourri,
un remugle agrégea leurs soupirs en un cri.
Des fientes de pigeons, des toiles d’araignées
cernaient un décorum empoussiéré d’années.
Même Orphée, en dépit qu’il vainquît l’Achéron,
aurait fait volte-face à franchir tel perron.
Le sol était jonché d’écailles de sirène,
d’abolis bibelots, de mots doux de la reine,
de meubles éventrés, de bureaux vermoulus
pleins d’écrits au pilon avant que d’être lus :
"Suis-je Amour ?" par Biron ; par Lusignan "Mémoires" ;
"Mon Codex" par Phébus ; et, sous d’abscons grimoires,
un Atlas d’Italie annoté d’un devin
dont la pharmacopée alliait fleur au vin,
ténébreux pot-pourri d’Oc et d’étoile morte...
inventaire trop vain qu’on ne gagnât la porte.
Mais le Destin couvait, braise de narghilé
dans la nuit d’un carton au rebord gondolé.
Car, sitôt s’y heurtant, le chausson de la Sainte
fit grincer l’emballage, ésotérique enceinte
rendant un son étrange. On en sortit un sac.
Du plastique entrouvert s’écoula tout à trac
le puzzle éparpillé de nobles os : les cendres,
non d’un Prince aquitain mais du Comte de Flandres.
— Enfin, cria la Fée, eurêka ! mieux vaut tard
que jamais recouvrer la dépouille à Nithard.
Par Robert Rapilly
Les alexandrins empruntent à rebours les images au Desdichado de Nerval.

