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Mais où est ton corps Nithard ?
— Vingt ans que mon mari les cherche sans relâche, dit Jocelyne Martin.
— Qu’il cherche quoi, ton mari ?
— Eh bien, un crâne, une clavicule, des tibias, deux fémurs.
— Et tout a disparu ? s’étonne Anne Potié, la fidèle amie de l’administratrice.
— Oui, les os, les dents, les vertèbres… je n’invente rien. Va-t’en imaginer que ça puisse traîner quelque part pas loin, au fond d’un obscur sac en plastique. Je n’y crois pas trop, note.
— Cherchons quand même, Jocelyne, cherchons !
— Eh bien d’accord, et commençons par allumer nos lampes-torches. On n’y voit goutte dans ce fichu grenier.
— Allez hop, chacune de son côté et… aïe ! aïe aïe !
— Que se passe-t-il ? Hou là, tu m’as fait peur, dis donc.
— Ben euh, j’ai buté contre… voyons voir… ouf non, rien de grave, un vieux carton poussiéreux.
— Aucun intérêt je présume. Décourageant comment ici tout est à jeter : des rebuts, des meubles éventrés, des rossignols et j’en passe.
— Tu l’as dit, l’abandon est total. À part nous deux tout de suite, personne n’est monté depuis longtemps. Regarde-moi ça, les fientes, les toiles d’araignées, la poussière.
— Et cette odeur de renfermé ! Tu restes si tu veux, mais moi je m’en vais. N’oublie pas de repousser la porte en sortant.
Chronologie inversée.
