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Mon Nithard
Mon Nithard —
Au couvent,
Ou dans une abbaye,
Au grenier, je m’étais enhardie,
Quand soudain, mirage sensoriel,
Et venant d’un placard,
Surgit l’os de Nithard.
Élevant ses tibias déployés,
Lentement, je les fis tournoyer.
Près de moi, crâne providentiel,
Devenu matériel,
Nithard fut déposé.
Il manquait les yeux de ce zombi
Qui avaient disparu dans la nuit.
J’éclairai son front cadavéreux,
Nithard découronné
Était miraculeux.
De ma main, j’ai caressé sa joue,
Dans ma main, j’ai pris ses fémurs doux.
Et sa clavicule bienvenue,
Surgissant à Riquier,
Nithard est revenu.
Dis Nithard, dis-moi, explique-moi,
Où étais-tu passé autrefois,
Si longtemps, au carton étouffant,
Accueillant en tremblant
Des araignées les toiles ?
Si longtemps, au carton étouffant,
Si longtemps, le temps t’a semblé lent,
Si longtemps, mais voici ton réveil,
C’est la fin de ta nuit
Tu feras des merveilles.
Et Nithard, aux os providentiels,
Fut classé secret confidentiel.
Il avait disparu dans la nuit,
Sans alarme, au fond d’un cagibi.
Retrouvé, on le restaura bien :
Nithard avait lassé
Trop de contemporains.
Au couvent,
Ou dans une abbaye
Au grenier, je m’étais enhardie
Quand soudain, semblant immatériel
Et venant d’un tiroir,
Surgit l’os de Nithard.
Sur l’air de L’aigle Noir de Barbara.
