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L’Affaire Nithard (pour info)

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Au hasard de mes lectures je suis tombé sur une étude universitaire susceptible d’intéresser ceux d’entre vous qui se penchent sur l’affaire Nithard.

Il s’agit d’un article de Mary Carpear (professeur honoraire à l’Institut National Universitaire des Textes Inhumés en Littérature Etrangère), « Une réhabilitation indispensable », publié dans le numéro spécial : « paléontologie livresque » de la célèbre revue Lis et rature.

Je vous en livre l’essentiel ci-dessous :

On sait que Borges, après avoir établi la nomenclature de « l’œuvre visible » de Pierre Ménard, s’est intéressé à « la souterraine » et a longuement commenté la rédaction du Don Quichotte par cet auteur. Dans ces conditions, on ne peut que s’étonner de l’oubli par Borges d’un autre écrit de Pierre Ménard, curieusement méconnu, que nous reproduisons en suivant avec son titre insolite :

Avec un zeste de kiwi —

Les deux dames ouvrirent la porte, saisies par l’odeur de renfermé, la poussière, les toiles d’araignées, les fientes : personne n’était monté depuis longtemps, l’abandon était total. Elles marchèrent au milieu des rossignols, des meubles éventrés, des rebuts : à l’évidence, tout était à jeter ; on allait s’y employer. En repartant, Anne Potié buta contre un carton poussiéreux, dont le choc rendit un son étrange. Le carton bâillait, ouvert par l’humidité ; par curiosité, l’administratrice élargit l’ouverture à l’aide de sa torche, en sortit un sac de plastique ; la lumière de la lampe fit apparaître deux fémurs, des tibias, une clavicule, un crâne.

– Enfin, s’écria Jocelyne Martin ; mon mari le cherchait depuis vingt ans.

Notre hypothèse est qu’en fait Borges n’a pas oublié cette œuvre mais qu’il l’a volontairement et délibérément écartée, parce que − sans néanmoins en avoir la preuve formelle − il soupçonnait sans doute Pierre Ménard de s’être livré sans vergogne à un horrible plagiat. En effet, après des années de recherches menées dans le sillage du regretté Vincent Degraël, nous pouvons affirmer que ce texte se trouve déjà mot pour mot, mais sans le titre, dans les archives d’Hugo Vernier qui, pour sa part, comme il le précisait dans une note, était enfin parvenu au difficile lipogramme en « K », « W » et « Z » qu’il ambitionnait d’écrire. Il avouait toutefois − avec une franchise qui l’honore − avoir intégralement emprunté ce texte dans un manuscrit trouvé à Saragosse avant que Jean Potocki ne s’empare du reste du document. Simplement, afin que le passage puisse correspondre au pari qu’il s’était fixé il avait été contraint de légèrement modifier la dernière phrase en supprimant trois mots : Enfin, s’écria Jocelyne Martin en zélée walkyrie ; mon mari le cherchait depuis vingt ans.

Pour l’anecdote, signalons que nous avons également découvert dans les papiers de cet auteur une ébauche de roman intitulé Qui a disparu ? qu’il signe Hugo V., et dans lequel il semblerait qu’il se prive cette fois du « E ». Nous aurons sans doute l’occasion d’en reparler ultérieurement dans une autre étude.