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Retors le gars Nithard
Retors, le gars Nithard ! —
Arrivée dans la Somme, Anne trinque au banyuls.
Elle crie sa douleur et provoque l’écho,
Son trémolo ressemble au chant des rossignols.
Sa mutation la tue, c’est une vraie brimade :
On la loge au grenier dans un pauvre garni.
Cette abbaye, décidément, est trop humide.
Tout remettre en état, ce dont elle se toque,
Est un travail ardu, car tout y est moisi.
Elle devra s’armer de bons gants en plastique.
Débutant sa visite, au grenier elle écarte
Un tas de rossignols, meubles à l’abandon,
Et s’empêtre les pieds dans un affreux carton.
Poussant un gros juron, genre « Palsambleu » (sic)
Elle alluma sa torche, et puis elle éclaira
L’intérieur du carton, en retira un sac.
L’odeur était tenace autant que de l’ail bio,
Et venait d’un paquet d’os assemblés en tas.
Anne rapidement reconnaît des tibias,
Les tient à bout de bras, puis elle les admire,
Pense qu’un médecin en serait tout ému,
Et puis dans la foulée elle trouve un fémur !
Tout en renouvelant sa ferveur monacale,
Elle trouve un autre os au milieu des rebuts.
La chance lui sourit : c’est une clavicule !
Ses deux mains battent l’air d’un mouvement synchrone,
Elle aimerait danser sur un air de java :
Sa dernière trouvaille est un énorme crâne !
Pourquoi me plaignais-je d’être mutée à tort ?
Je vais être célèbre, et j’en reste baba :
Bernard Cerquiglini m’attribuera Nithard !
