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Nithard et les Fées

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Le carton magique —

Il était une fois un vieux palais abbatial, dans ce palais un vieux grenier plein de vieilleries sales et malodorantes. Deux fées y sont entrées, l’escalier était dégradé et la porte grinçait, toutefois elles sont entrées hardiment. Les toiles d’araignées s’accrochaient à leur cheveux, elles ont changé les araignées en papillon, les fientes d’oiseaux salissaient le bas de leurs robes de dentelles, elles ont renvoyés les oiseaux nicher dans les arbres, il y a bien assez de trous, de cavités naturels pour les hiboux et les chouettes. L’air était déjà un peu plus respirable. Un courant d’air déclenché fort à propos réunit en un tourbillon les miasmes et les poussières et s’échappa de dessous les tuiles. Où les poussières se déposèrent, l’histoire ne le dit pas. Les meubles cassés, irréparables, les pieds de tables, les barreaux de chaises, se virent transformés en petit bois qui s’en alla garnir les bûchers des pauvres masures du village. L’histoire ne dit pas non plus quel passage s’ouvrit dans le toit pour ce transport.

Ce capharnaüm débarrassé, plus rien ne semblait digne d’intérêt, pas de trésor, pas d’œuvre d’art, tableau ou tapisserie démodé et mis au rebut. C’est alors que Madame Anne, l’aînée des fées remarqua un carton humide qui baillait. À peine l’eut-elle touché de sa baguette, sans penser à rien de plus qu’à l’entrouvrir plus largement, qu’un cliquetis se fit entendre, un remuement d’os, clavier de clavicule, tibias, crâne, et un jeune prince s’éleva, tout comme le génie sort de la lampe d’Aladin.

Ah ! Beauté divine ! Le prince Nithard, le neveu du grand roi Charles ! S’écria Madame Jocelyne. C’est mon ami le roi d’Avosos qui va être content, il cherche sa trace depuis vingt siècles.

Dans quelles circonstances le prince se retrouva réduit à n’être qu’un sac d’os perdu dans ce grenier, l’histoire ne le dit pas. Toutefois il est certain qu’il salua fort poliment les fées, et les quitta tout aussitôt, s’excusant sur le travail inachevé qui l’attendait dans son atelier d’écriture, très exactement son scriptorium.