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Le pissenlit de Nithard
AU GRENIER ABBATIAL LOGE UN ABBÉ MYTHIQUE
Le grenier poussiéreux cachait des os célèbres.
Dans ce grenier poudreux gisaient des cartons vides,
Grenier obscur, que condamnait la porte étroite.
Le sol poudreux sentait la crotte volatile,
Des meubles éventrés gisaient, rebuts fanés,
La fiente sèche éclaboussait des cartons gras.
Ce lieu désert semblait un microcosme vide.
Le plancher poussiéreux vibrait sous des coups sourds,
Plancher souillé, que foulaient deux dames curieuses,
L’air poussiéreux piquait leur gorge délicate.
Sous un choc imprévu, vibra un coffre étroit :
Un pied furtif l’avait frappé d’un coup brutal,
Un son étrange résonnait d’un écho sourd.
Ce ballot noir cachait un trésor inouï,
Ce ballot mou bâillait dans l’atmosphère humide.
Un œil noir observa cet objet inquiétant :
Un sac béant cachait deux fémurs blanchissants,
Deux tibias secs jouxtaient ce trésor insolite,
Et un crâne fendu riait, miracle inouï !
Dans ce sachet perdu dormaient des os illustres,
Ce sachet morne avait moisi vingt ans entiers.
Colis perdu, qui surgissait, hasard heureux,
Ces restes nus dormaient dans la soupente basse.
Le cœur battant, on contempla ces os fameux :
Surplus fortuit, trônait la clavicule illustre !
Un doute affreux subsiste autour du mort célèbre.
Ce doute odieux ternit la trouvaille imprévue,
Une rumeur affreuse affirme une erreur lourde.
Le soupçon pernicieux subsiste aux jours présents,
Et les savants, formels, croient ce mort anonyme,
Bien qu’un auteur récent rende Nithard célèbre.
Le logis abbatial offre un décor royal
Le logis délabré réclame un pognon dingue,
Logis froid que fonda un ermite dévot.
Sous ses toits délabrés chantent des pigeons bleus,
Le caissier strict réclame un liard supplémentaire,
Mais le banquier local vend son pognon trop cher,
Le dépit âpre accroît son accablement dingue.
Le luxe abbatial souffre, en déficit chronique,
Luxe bénédictin, qui veut des bures douces :
Sous le chanvre abbatial nichent des peaux sensibles
Et la chair tendre souffre au-dessous du drap rêche.
Un convers neuf supporte un déficit thermique,
Mais un prieur âgé craint les frimas chroniques.
Un frère pur offre un accueil hospitalier,
Un frère amène attend les pèlerins lassés,
Le vin pur est servi dans des verres rustiques,
Et du pain toujours frais s’offre aux mains quémandeuses,
Un lit moelleux fournit un accueil bienveillant,
Car ce monde claustral suit l’ordre hospitalier.
Mais la bile aigre emplit ce décor idéal,
La bile verte abat l’énergie monacale :
Un pinard aigre a remplacé les nectars fins.
L’âme inquiète s’emplit d’un chagrin accablant,
La rage amère couve, en ce décor trompeur,
L’avenir sombre affole un présent idéal.
Car le viking abject franchit les murs royaux,
Le viking blond, qui vient des confins subarctiques,
Guerrier abject, qui glorifie des dieux infâmes.
Le troupeau déchaîné franchit les fossés larges,
Et son essor bestial démolit le mur saint.
La guerre atroce atteint la province royale !
Sous les combles crasseux loge un corps inconnu
Les combles clos couvriront un hôte ignoré,
Combles fermés qui puent le guano fermenté.
L’abri clos deviendra, aux visiteurs futurs,
Le coin secret qui couvre un mystère inédit :
Paquet postal que stocke un hôte écervelé,
Débris osseux qui traîne, emballage ignoré !
Son port crasseux le masque aux regards étourdis,
Son port quelconque cause une aversion confuse,
Machin crasseux qui stagne en un recoin lointain.
L’ombre épaisse le masque, accessoire anodin.
Son examen critique exige un regard vif,
Forme floue échappant au passant étourdi.
Bagage terne, il loge en un placard profond,
Bagage sale qui languit, sacoche triste,
Et le temps terne coule en années fastidieuses.
Un agent las le loge en un endroit désert :
Ce fourbi encombrant quitte un placard rempli
Puis, problème réglé, tombe à l’oubli profond.
Pourtant ce local laid contient un corps glorieux
Local vaste où l’on grimpe avec le souffle court
L’escalier laid raidit les mollets fatigués
L’entrepôt, sain, contient des rossignols brisés,
Prie-Dieu cassés qui ployaient sous des corps pesants.
Quel sort injuste touche un cadavre glorieux !
Son bras fier fut brisé par un sabre inconnu,
Son bras droit soutenait l’empire neustrien :
Cet homme fier aimait son grand-père impérial.
Sa tête austère fut brisée, son flanc meurtri,
Son sang rouge poissa le sabre malveillant,
Un tombeau creux reçut la dépouille inconnue.
Quel ragot calomnieux prétend l’abbé douteux ?
Ces ragots fous sont nés d’esprits très chicaneurs,
Ragots durs, critiquant une femme honorable.
La science folle accuse une entreprise honnête :
L’indice ténu naît du carbone quatorze.
Le scepticisme aigu charme un esprit morose,
Défaut commun, qui sort d’un cerveau chicaneur.
Ô savants calomnieux, calmez ce zèle ignoble !
Un savant sourcilleux cherche une date exacte,
Dans ses tests calomnieux scrute un fragment osseux.
Nul bilan négatif ne calme l’être humain :
Ce chercheur impatient déploie un zèle aveugle !
L’accusateur vicieux poursuit sa fin ignoble !
Quel verdict sûr prétend la vérité suprême ?
Un verdict imprécis douche l’espoir léger,
Un jugement trop sûr pousse aux joies téméraires.
L’expert pédant prétend sa théorie valide.
L’atome carboné vaut vérité solide :
L’isotope activé signe l’avis suprême.
Carcasse frêle, appartiens-tu à l’abbé franc ?
Carcasse usée qui racontas l’empereur chauve,
Ton doigt frêle écrivit les serments strasbourgeois,
Ton verbe âcre appartient à la langue française !
Bâtard princier, tu fus nommé abbé laïc
Comte martial, tu mourus pour les terres franques !
L’État puissant jugea l’identité douteuse,
L’État cassant punit la directrice exclue,
En mots puissants conclut la sentence finale :
Nous, députés élus, jugeons l’affaire nette,
En termes clairs, disons l’identité fautive,
Le droit public doit clore un dossier fort douteux.
Ce conte un peu touffu traite un sujet mythique.
Ce conte abscons peut plaire à des lecteurs tenaces :
Ce conte long s’allonge en un thème éclaté,
Principe abscons, qui vise un lectorat patient.
Si ce flux verbal plaît aux amateurs blasés,
Le conteur lent bénit son lecteur acharné,
Car travail assidu requiert plume tenace.
Ce réseau touffu file un parcours sibyllin,
Réseau serré, qui forme un dédale gigogne :
D’aspect touffu, il est cousu sur le fil rouge
D’un nom banal qui file une toile discrète,
D’adjectifs plats, qui créent un parcours onduleux,
Liens subtils, pour construire un récit sibyllin.
Le poète audacieux traite d’histoire ancienne,
Poète habile, il ose un texte acrobatique,
Des refrains audacieux tournant en cercles vains.
Son jeu sot traitera d’une abbaye picarde,
D’un caveau plein parlant d’histoire médiévale,
D’un heurt chanceux livrant des ossements anciens.
Scribe leste, il choisit un sujet très bizarre,
Scribe sage, il emploie des rimes prosaïques :
Le ton leste convient aux romans érotiques,
Un barde pieux choisit le rythme alexandrin.
L’oulipien annuel est le sujet réel,
Motif sérieux de pondre un pissenlit bizarre.
La fable, enfin finie, aborde au but mythique,
Fable prude qui ment par omission pudique.
Le tout, fini, produit un vertige mutique,
Son sens occulte aborde une contrée mystique
Son trajet tortueux guigne un but poétique.
Ce poème fractal fera Zazie mythique !

