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Les errements de Strasbourg / légende wisigothe
Nithard, enfant, avait suivi le joueur de flûte de Hamelin*, qui l’avait conduit dans un grenier abandonné, et l’avait enfermé pour plusieurs siècles dans une boîte pour le punir. Pendant ce temps, son Doppelgänger*, qui ignorait où était le Nithard original, suivait une chasse fantastique*, l’armée des défunts menés par leur dieu Odin*, qui semait des os partout où il passait ; et la Zahnfee*, qui vient chercher les dents de lait tombées et les os perdus, passait derrière la troupe, ramassait les os, les emportait dans des petits sacs, et laissait à leur emplacement une pièce d’or. Tout cela dura très longtemps.
Un jour, le lendemain de la Walpurgisnacht*, la Lorelei* sortit des eaux du Rhin pour sécher ses cheveux, puis par curiosité, monta au grenier avec son amie Jocelyne, qu’on nommait le Petit Chaperon rouge, pour chercher les œufs en chocolat, et elles y trouvèrent un petit Osterhase* venu au même endroit pour y dissimuler les présents de Pâques. Il déposait un œuf ici ou là dans un meuble éventré, faisait une petite crotte au milieu des fientes des Elwetritsch*, et pendant ce temps, tapi dans son carton, un poltergeist* fripon attendait la visite de Rumpelstilzchen*, dans l’espoir de faire quelques bêtises et d’effrayer les esprits errants des nonnes en jouant du tambour sur les meubles brisés.
Quand il sentit que Lorelei et son amie approchaient, il frappa le Chaperon avec un petit bâton, ce qui rendit un son étrange.
Un énorme Wiedergänger* sortit alors du carton voisin, brandissant des fémurs et des tibias de lapin, et un crâne du rat géant de Hamelin, que Odin avait envoyé à Saint-Riquier pour punir une administratrice, et il hurla si fort que tous les rats s’enfuirent. L’Osterhase aussi eut tellement peur qu’il lâcha tous ses œufs, d’où sortirent de petits rossignols en chocolat.
Et puis Till Eulenspiegel* sortit de derrière une vieille armoire, alluma une lampe, et chatouilla impudiquement les côtes et les mollets de Lorelei et de son amie Jocelyne, court-vêtues ; celles-ci partirent en courant, dévalèrent l’escalier, les cheveux pleins de toiles d’araignées, en criant qu’elles avaient vu le Diable.
L’évêque de Bacharach* déclara qu’il n’y avait nulle sorcellerie dans tout cela, on ouvrit la boîte où Nithard s’était transformé en poussière d’os, son Doppelgänger fut déclaré administrativement authentique à sa place, on le désossa et on en mit quelques morceaux sous cloche pour l’édification des pèlerins, autorisés à l’adorer à condition de verser une pièce d’or ou une dent de lait, au choix, afin de rétablir les finances de l’établissement fondé par Karl der grosse*.
— À la lecture de ce condensé succinct des contes qui bercèrent les enfances de Nithard, nous pourrions avancer que le syncrétisme synchronique de la narratologie ne le cède en rien à l’idiosyncrasie rhénane diachronique...
— Eh, Thardin, arrête un peu tes histoires ! C’est l’heure de tes cachets !
Notes / cliquez sur les mots suivants :
– Hamelin
– Doppelgänger
– Chasse fantastique
– Odin
– Zahnfee
– Walpurgisnacht
– Lorelei https://fr.wikipedia.org/wiki/Lorelei
– Osterhase
– Elwetritsch
– Poltergeist
– Rumpelstilzchen
– Wiedergänger
– Till Eulenspiegel
– Bacharac
– Karl der Grosse : Charlemagne
Contrainte tirée au sort sur Zazipo : « Racontez un conte traditionnel dans un style aussi embrouillé que possible ».

