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La visite du pigeonnier
De la petite entrée, Anne ouvrit un huis, la portière du gourbi : un vrai taudis. Elle recula face au fourbi sale et nauséabond emmagasiné là sous un amas de saleté, de fiente et de poussières, puis avec Jocelyne elle alla voir le bout du cagibi et fureta : là un meuble pourri et désuet, éraflé, là, deux étagères de petite taille, quatre laides toiles pseudo-certifiées de maître, et cetera. Un examen soigneux prouva qu’il faudrait foutre la totalité au dépotoir. De retour, derrière un recoin, Anne heurta un bagage ouvert : le coup émit un écho insolite. Il bâillait, humide. Intéressée, elle alluma un flambeau, tâta le paquet avec doigté, de la main droite, elle en ouvrit la housse et retira quatre os : deux de la cuisse, deux tibias, puis la tête (avec sa mâchoire).
Jocelyne éclata : Anne, imaginez-vous ! On le guettait depuis un an, depuis un siècle ! Le croyez-vous ? Le pariétal gauche original !
Bérénice Cérilini, La découverte de Nitare, Éditions de Minuit.

