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On débarrasse
Les deux pérégrines ouvriraient la porte : odeur de renfermé, poussière, toiles représentant l’une Thunderbird, vainqueur à Epsom, l’autre un navire à aubes, le Ville-de-Montereau, la troisième une locomotive de Stephenson ; l’abandon serait total. Elles marcheraient au milieu des rossignols, des albums, des jeux de cartes, des pots, des colliers, des pacotilles : à l’évidence, tout serait à jeter ; on allait s’y employer. En repartant, Sylviane buterait contre une vieille armoire de chêne, dont le choc rendrait un son étrange. Les rideaux de voile glisseraient, ouverts par l’humidité. Par curiosité, l’adjudicatrice élargirait l’ouverture à l’aide de sa torche. Leurs mains trembleraient un peu en les ouvrant : ce serait trois chèques, avec une ribambelle de chiffres. Ou bien, une lettre :
« Mesdames,
« M. Podevin, votre oncle, étant mort ab intestat… » et elles se passeraient la main sur le visage, doutant de leurs yeux, croyant rêver encore. N’avaient-elles pas toujours su que ce jour viendrait ?
« Et maintenant, voilà », dira Jéromine. Et cela leur semblera presque naturel.
Olympe Recquiglini, L’Invention des choses, Patin’Arts éditions

