Accueil Les oulipiens de l’année La Peinture à Dora
MAM.Paris

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C’est surtout le soir que je me livre le plus volontiers à cette sorte d’exercice. Cette introduction restitue l’atmosphère de la manifestation qui apparaît comme une étrange prémonition. Les internés s’organisent vite pour ne pas dépérir. Ils mettent en place des activités destinées à tuer le temps : cours, sport, loisirs, fabrication d’œuvres d’art et d’objets de toutes sortes. Malheureusement, mes tableaux ne durent généralement pas plus de quelques minutes, quelquefois même quelques secondes. En termes de radio-activité, leurs « périodes » sont comprises entre celles du Thorium A (0,14 seconde) et du Radium C (3 minutes). Les artistes sont en danger, contraints à la réclusion. Dans le dénuement, ils inventent des moyens de survivre et de créer. Recourant à des matériaux inhabituels, ils renouvellent leur façon de faire. Tout se défait avec rapidité, comme les dessins de la pluie sur une vitre, et d’authentiques chefs-d’œuvre se mettent à couler comme des camemberts. Le plus souvent, découragé, je me désintéresse de ces créations trop liquides et je pense à autre chose. D’autres fois , je m’accroche – la création fait partie des occupations qui redonnent à l’existence une dimension humaine élémentaire -, je m’efforce de les remanier et j’utilise les débris d’un tableau en pleine déliquescence pour en fabriquer hâtivement un autre, qui ne durera d’ailleurs pas plus longtemps.

Léon Le Français

Les phrases en italiques sont extraites du texte de présentation de l’exposition L’Art en guerre, Musée d’art moderne de la ville de Paris, du 12 octobre 2012 au 17 février 2013.