Accueil Les oulipiens de l’année La nuit
Logo-rallyes dans la nuit (suite)

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Dieu est un fumeur de havanes pendant ses insomnies, la nuit. Il les allume avec le feu des volcans. Il compte sur la tectonique des plaques qu’il a inventée pour créer des éruptions aux points chauds du globe. Dieu est un hypnotiseur de génie qui peut faire croire à des histoires folles mais c’est facile car l’Humanité est très crédule. On voit s’élever ses nuages gris quand il fume et on dit : "Tiens, il va pleuvoir". Parfois, quand il s’ennuie, Il devient cruel et épingle des échantillons de l’Humanité avec des punaises pour les tourmenter et les gens disent "Ah ! là, je traverse une mauvaise passe". Et il ne sert alors à rien d’être dans le camp de Dieu. Il a fait courir le bruit que l’Homme a été créé à l’image de Dieu ce qui a donné aux humains un sentiment de supériorité dont se plaignent les autres espèces. Parfois, Dieu se demande si ça durera aussi longtemps que les impôts. Il prend alors cette étoile à sa portée et il se cure machinalement les dents avec une de ses branches.

5)
La nuit dure toujours dans la glaciale Sibérie pour une zaklioutchoni, une pauvre zek... Le feu si maigre dans le poêle de la baraque ne durerait pas jusqu’à ce qu’elle s’endorme, c’était sûr. Ce qui compte alors c’est d’avoir une couchette pour toi, c’est un luxe que ceux qui couchent par terre t’envient. C’était le moment où elle pensait à tous les mensonges que le Montagnard au regard perçant comme celui d’un hypnotiseur lui avait fait accepter. Elle essayait de croire qu’il y avait encore des lieux où on pouvait parler sans crainte de poésie, du ciel, de ses nuages. Malheureusement, c’était aussi le moment où les punaises les dévoraient goulûment rendant frénétiques les grattements des prisonniers. Elle essayait, sans y parvenir, de comprendre la succession de faits qui l’avait conduite dans le camp de la Kolyma. L’image qui l’obsédait alors et aussi longtemps que la vie l’habiterait était celle de cette étoile rouge, là, à l’entrée du camp, symbole de la folie qui l’avait broyée.

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En colo, c’est la nuit que l’ambiance est vachement bonne. Les monos allument le feu de camp sur la plage et amènent leurs guitares. Il y en a un qui compte et 1 et 2 et 1-2-3 et ils jouent de la musique. On chante et on se fait des blagues : Yoann joue à être un hypnotiseur et on obéit à ses ordres en marchant comme des somnambules. Le programme du soir est toujours affiché par le directeur sur des papiers découpés avec des formes et on se dit (par exemple) "Alors qu’est-ce qu’ils disent ses ballons ou ses nuages ?" Au début, il les accrochait avec des punaises mais comme on les prenait, il met du scotch maintenant. Dans le camp on dort dans des bungalows pour dix. L’image à l’entrée de mon bungalow c’est un dauphin alors, moi, je suis du groupe des dauphins. Ce que je me demande c’est pourquoi la sieste dure aussi longtemps. On s’est fait des tatouages sur les mains mais, après, cette étoile, elle m’a grattée et l’infirmière a mis une crème dessus et elle a dit que j’ai une allergie.

Il s’agit d’un logo-rallye pour générer des textes de 1000 caractères (espaces compris) avec un mot du texte de Jacques Jouet par phrase, précisément :
- la nuit
- le feu
- compte (verbe)
- un hypnotiseur
- ses nuages
- punaises
- le camp
- l’image
- aussi longtemps
- cette étoile