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La nuit quand nous buvions

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La nuit… Quand nous buvions, l’alcool allumant dans nos corps un brûlot flamboyant, faisait fuir la nuit au loin, hors champs. Quand ça flambait, papillon rougi glissant du goulot dans nos jabots, brandon carmin dans nos larynx, tison piaffant dans nos bidons, irriguant bras, mains, jusqu’au bout du doigt, il n’y avait plus aucun truc d’aussi important. Ça hypnotisait.
Au soir naissant, l’horizon s’offrit à nous sans cirrus ni cumulus importuns, d’abord jusqu’à minuit, puis jusqu’au bout, dans un matinal clair-obscur pâlichon sur sa fin ! Au plafond d’azur noir apparu d’abord un clou brillant, puis dix, puis vingt (tout au fond du cosmos, on nous dit qu’ils sont millions, un milliard au minimum - au maximum ? trop !) tournant autour du croissant arrondi où Armstrong aluni jadis. L’air, froid, glaçant, mais pur, vivifia nos poumons. Il nous conduit, sans transport, à la saison d’un camping oisif.
Là, vrai, ni aquarium à poissons, ni marigot abyssal. Tant pis. Faut pas vouloir tout non plus, papa. Mais si on s’aplatissait, dos au sol, sans torticolis, scrutant au hasard un dais obscur sans bord, nous saisirions l’infini, non ? Ou alors, tu aurais cru partir au camp volant, à l’oflag illico, croupir sous un marabout ? Pour y dormir quoi ? Trois jours ? Cinq mois ? Huit ans ?
Voyons, d’ici, on voit la nova, là-haut. Si, tu saisis son cristal clignotant ; pourtant lorsqu’on voit son mignon lumignon d’ici-bas, il n’y aurait plus là-bas aucun lampion astral, nul cabochon byzantin au nadir où aux points cardinaux du grand baldaquin : nib, nada, s’il faut avoir foi, pantois, dans la loi d’un si paradoxal calcul savant sur la propagation du rayon.