Accueil Les oulipiens de l’année Je regarde le bistrot
Exercice de style : point de vue de Lacan

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L’aveu du bistrot révèle l’obsession attractive-répulsive du boire-bégaiement de Monk, qui bisse trop comme le disent lumineux-clair, allumé déjà avant même de boire, et qui cherche à se dissimuler derrière un Smaug dragon qui barrerait la porte du bar, smog dans la tête et conduite d’esquive empruntant les chemins de l’exotisme : envie et peur mêlées, esprit fissuré, pas assuré, envie de double doses.
Londres n’est là que pour habiller le bistrot en beau bar, barre derrière la tête, barrage devant les pas, bobard du bavard qui se répète, schizo comme pas deux, clair-clarté, yeux-yeux esprit bissé aussi : est-ce pris, pas pris, pas vu ? L’un vers l’autre c’est aussi un verre un autre et les yeux sont ivres, donc il les faut crevés pour échapper à la honte de boire, dans le jour cassé comme un verre pour s’empêcher de déglutir. Il voudrait lui aussi se casser sans laisser de pourboire. Les lèvres lampent-lampes éteintes la musique des boissons-poissons dans les verres de lampe, poissons secs qui donnent soif. Barman, un autre ! C’est parti.
Le barman baratine, barre fixe à laquelle Monk se suspend comme l’avenir est suspendu à la réponse : quoi-coâ, bis trop ce sera ce sera que será, será, chanson beau bar qui ne répond pas mais interroge encore.
Les boissons-sons sont poissons de la mer-mère interdite mais possible tout de même, devant nous derrière la barre encore trop bissée, mais finalement impossible devient un possible plus un autre possible, deux possibles : devant nous bissé, devant nous devenant nounous plus possibles que la mère puisque dans les yeux jolis je lis comme dans une eau claire ou lumineuse les bobards silencieux du regard double lui aussi, les bobards bleus des rêves touristiques de la nage, se noyer dans son verre, agrandir les limites du possible pour y nager avec les thons, ton regard ton visage, et pour y téter l’eau nourricière des nounous, tes tes yeux yeux.
À Bourges, je bourre, bourré, ah je suis bourré, et si l’autre est bourré il faut suivre, à suivre, barman, je suivrai bourré aussi dans la mer des possibles.
Monk a donc bourré son poème d’indices flottants, verts d’espérance et peut-être d’absinthe ? Boisson confession transparente et liquide, qui coule de source, comme les bobards que l’autre avale. Et l’autre, c’est nous, c’est toi. Il nous a barrés.
À la tienne !

L’analyse lacanienne au défi d’un verre de Monkian, au bar à bourges.