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Économies futures

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L’argent dont vous regrettez l’absence sur mon compte, n’allez surtout pas croire, cher banquier, qu’il soit pur néant. Bien au contraire il est comme en suspension dans la finance mondialisée. Il existe dans les coffres-forts et les fonds de pension, sous les lattes de planchers et les matelas, en bifton, mitraille, piécette, billet, lingot, en bon du trésor ou obligation au porteur, par cassette, valise ou lessiveuse dans certains cas. Mais il y a autour de lui tant de vaine spéculation, tant de boursicotage, de carambouille, de faillite frauduleuse, il est pris dans une telle surabondance de devises, tels as, birr, cauri, dollar, escudo, franc, gourde, hryvnia, kopeck, lire, marck, nafka, ouguiya, peseta, quetzal, rouble, sesterce, tolar, vatu, won, yen ou zloti, que moi-même à vrai dire, malgré tous mes efforts, n’ai pas encore réussi à l’en isoler, à le réunir en un seul bas de laine (le mien). Le monde me paraît rempli de pirates et d’usuriers, ce qui fait de mon travail une longue traque, la recherche têtue de toutes cette menue monnaie inexplicablement dérobée à mes économies futures.

M. Banqueroute, Pourquoi je n’ai toujours pas fait fortune.