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Pour faire le portrait d’un vélo

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Peindre d’abord un guidon et un cadre
Avec des roues
Peindre ensuite
Quelque chose de simple
Quelque chose d’utile,
Quelque chose de confortable pour le cycliste
Une selle, ou un porte bagages
Placer ensuite le vélo sur une route
Dans une forêt,
dans une plaine
ou dans une côte montagneuse.
Se cacher dans la voiture balai
Sans parler, sans bouger.
Parfois le cycliste rapplique vite,
mais il peut quelquefois prendre son temps avant d’enfourcher la bécane
Ne pas abandonner, attendre,
l’amitié et la solidarité feront leur œuvre.
attendre que le vent se lève,
attendre que le vent souffle du nord, de face,
la vitesse du vent objectif
n’ayant aucun rapport
avec le besoin de vélo
Quand le cycliste arrive
s’il n’est pas trop fatigué d’emblée
L’observer en silence
Observez comment il enjambe le cadre
et quand il est sur la selle
Donnez-lui doucement une poussette
pour qu’il démarre.
Vous verrez qu’il produit, lui aussi, son propre vent.
Ne vous laissez pas distraire par ce prodige :
de toutes façons,
qu’on le veuille ou non
un cycliste qui ne produit pas de vent relatif
est un cycliste immobile.
Ou maladif.
Peindre alors un camarade aux larges épaules
Qui roule, devant, face au vent
Le cycliste viendra se blottir derrière.
il attendra que ça passe.
Puis, lorsque le camarade s’écartera,
si votre cycliste ne prend pas le relais
c’est que votre vélo est mauvais
Mais s‘il va à son tour au charbon,
c’est que votre tableau est bon.
Alors vous effacez délicatement
les roues, le guidon, la selle, le dérailleur,
le camarade et la route, puis
vous mettez le cadre au clou.

Prénel de Fourvert, Un vélo, au besoin.