Accueil Les oulipiens de l’année La nuit
Phèdre & Œnone

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PHÈDRE
Il fait frisquet bien sûr mais du moins on respire
Lorsque j’ai de mes sens abandonné l’empire !
Le ciel a balayé ses nuages pour nous.
Je permets tout le reste à mon libre courroux.

ŒNONE
Quelle peur vous retient ? Vous semblez balancée ?
Vous craignez que Vénus par le feu offensée
Ne découvrît un feu qui lui faisait horreur,
Tout comme le patron privés de ses sapeurs ?
Vénus, par votre orgueil si longtemps méprisée,
Quand il y a le feu, est comme hypnotisée.
Faut-il qu’à vos yeux seuls un nuage odieux
De leur infinitude escamote les cieux ?
Vénus n’est pas étoile, elle est simple planète
Qui n’a pas à rougir devant feu de palettes.

PHÈDRE
Regardez cette étoile, elle n’existe plus
Elle porte au hasard ses pas irrésolus ;
Déjà même au tombeau je songeais à la suivre
En fixant au plafond des punaises de cuivre.
Les étoiles au ciel, la mer, le feu, la nuit…

ŒNONE
Que faites-vous, Madame ? Et quel mortel ennui…

PHÈDRE
On ne s’attendait pas à partir en vacances…
Va, que pour le départ tout s’arme en diligence.