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Le marcheur du noir

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C’est une large rue où toutes les voitures
Klaxonnent follement à chaque intersection ;
Où nul feu tricolore, au-dessus des toitures,
Ne luit ; un cauchemar pour la circulation.

Un homme jeune encore, imberbe, tête nue
Et les deux bras ballants, vêtu d’un blouson bleu,
Marche. Il semble vouloir traverser l’avenue,
Si pâle qu’à le voir on s’inquiète un peu.

Les pieds mal assurés, il marche, avançant comme
Avance un somnambule. Est-ce qu’il fait un somme ?
Évitez-le, chauffeurs, avec le plus grand soin !

Les phares ne font pas vaciller sa paupière.
Il avance, croit-il, d’une démarche fière,
Tranquille. Il a jeté sa canne blanche au loin.

Librement inspiré du « Dormeur du val » de Rimbaud.