Accueil Les oulipiens de l’année Crochet à goutte d’eau
Le Mur et l’Alpiniste

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Contre un mur vertical, imposant, granitique,
D’une réputation proprement horrifique,
Un alpiniste était pendu.
Sur la lisse paroi, pas la moindre fissure
Et pas le moindre trou. « Il faut que je m’assure »
Réfléchit-il tout haut : « ah serais-je perdu ?
De ce fier bouclier le torse qui se bombe
Paraît-il pas vouloir me pousser dans la tombe ?
Comment pourrais-je m’en sortir ? »
À ces mots le grimpeur sent sa foi qui vacille
Il voit son corps s’appesantir
Et son cœur danse le quadrille…
Mais sa mémoire enfin finit par prévaloir :
Se souvenant du croc qui lui pique la couille,
Il le sort doucement de sa poche qu’il fouille :
« Crochet à goutte d’eau tu es mon seul espoir !
Trouvons à présent une écaille
Où poser doucement, en l’absence de faille
Le bout d’acier pointu de ce frêle hameçon. »
Ainsi fait ce brave garçon ;
Et sortant de son sac une échelle de corde,
En prenant bien son temps, au croc il la raccorde,
Puis respire un grand coup, pose le pied au bas…
(Oh mon dieu comme son cœur bat !)
Transposant lentement sur la mince margelle
Tout le poids de son corps agrippé à l’échelle,
Il se déplace alors à l’aplomb du crochet
Enfonçant un peu plus le croc dans le rocher.
 
Face au mur du destin, si nous perdons courage,
Cherchons dans notre souvenir
Quelque chose sur quoi tenir,
Mais d’aucun Capitan soyons jamais l’otage.

À la manière de La Fontaine.