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La guerre des Testut

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– La nuit... Pro-Testut le veut là. Il cherche le Feu. Quand nous aurons allumé le feu, nous ne pourrons plus voir la nuit. Quand il y a le feu, il n’y a plus que le feu qui compte. Le feu est un hypnotiseur. Les Oul(ipo)hamr, tournés vers ce feu immense, sentaient, au fond de leur âme, grandir quelque chose qui était presque un culte. La vie du Feu avait toujours fasciné. Ce soir, regardez, le ciel a chassé tous ses nuages pour nous ! Il a fixé au plafond ses punaises de cuivre, avec une lune élégante en arrondi d’ongle soigné. La lune, moins vaste et plus lumineuse, alanguissait les étoiles ; les plus faibles demeuraient invisibles, les brillantes semblaient mal allumées et comme noyées sous une onde. Ce fut comme si le brasier des nuits les protégeait de sa véhémence sous les étoiles froides : il n’en fait que plus frisquet, bien sûr, mais on respire, mais on s’aère. Le vent du haut soufflait dans la nue, c’est les vacances et le camp de vacances ! Les rôdeurs, Tapie parmi les végétaux, épiaient le campement avec une convoitise rageuse. C’est vrai qu’il manque la mer, mais le ciel n’est pas mal non plus comme image de l’infinitude. La stature d’un feu, barrière claire posée devant la mer des ténèbres, est illimitée. On ne s’attendait pas à partir en vacances aussi vite, et peut-être aussi longtemps. Regardez cette étoile à la clarté cuivreuse, je la vois, tu la vois, et pourtant elle n’existe plus, s’il faut en croire les affaires de vitesse de la lumière. La grande étoile bleue avait disparu.

La guerre des Testut, J.-H Jouet Aîné.

Le premier emprunt à Rosny dit en fait : « protesta le Velu ».
Quant à Tapie, c’est une faute de petite frappe.