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Jambon à orfèvre en la matière

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Le sépulcre est compact. Lisse. Superbe.
Parfois, pas la moindre fissure pour l’entrouvrir.
Pas le moindre trou pour y jeter un œil.
Pas la moindre arête pour l’échancrer.
Il bombe le torse.
Et la veine s’appelle The Luck, la chance.
 
Lorsque les zézayeurs font défaut et que toute pose de couronnes de fleurs et de bandelettes est impossible,
Il reste un moyen. Unique. Ultime.
La réserve des grands cas.
 
Vous prenez un jambon à orfèvre en la matière.
C’est un simple jambon de montagne, sec et salé.
Une gourmandise à sépulcre.
Vous le posez sur la dalle qui couvre d’une croûte très mince.
Voilà, il est posé.
À l’os iliaque du jambon, vous nouez un petit ruban de trois centimètres de largeur.
Vous respirez.
Vous posez le couteau sur l’extrémité antérieure.
Et vous appuyez lentement tout le long du bon morceau sur cette mince lame.
Très lentement. Tout geste brusque peut faire déloger le jambon de sa maigre encoche.
Progressivement, votre main se déplace à l’entour du jambon.
Au fur et à mesure, le jambon étale ses tranches sur la roche et se trouve dépecé.
Encore plus lentement, vous vous régalez.
Évitez à tout prix de regarder sur quoi vous reposez entièrement.
Le cadavre embaume.

Lire le texte précédent et le post-scriptum, Jambon d’orfèvre à l’os de Jocelyne Étienne.