Accueil Les oulipiens de l’année Crochet à goutte d’eau
Gravé dans le marbre

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Le grès est dense, serré, excellent.
Barré, le grès ? Échancrée, la façade ? Crevassée, la pente ? Néant ! Pas de fente apparente, pas trace de brèche, pas semblance d’arête.
Sa majesté se carre : face de carême, ventre en avant.
Et le tracé s’appelle The Rampart, le rempart.
 
En l’absence de dent, de bec, de barrette, permettant d’avancer et de se vacher, l’embarras est grand.
Reste le sésame achevé, la parade des gars persévérants, la lanterne des enragés, le phare des fadas.
La réserve des cas extrêmes.
 
Prenez l’agrafe d’argent. C’est la banale agrafe de ma grand-mère, l’agrafe de ses mantes, de ses capes, de ses écharpes ; la patte d’attache cependant en est exagérément resserrée, acérée. Apte à pénétrer le grès.
Placez-la... Là... cet éclat effrangé à la face camarde de la dalle.
C’est exactement ça.
En bas de l’agrafe attachez l’échelle de câble, avec ses marches. Le trac se relâche.
En bas de l’échelle calez la jambe, et chargez lentement de la masse pesante – la carcasse de l’athlète ! -, cette légère margelle. La tâche demande adresse, élégance : ahanez, balancez, chancelez, et l’agrafe se dégagera de sa cachette.
Très lentement, le déplacement s’achève, la masse append à l’agrafe. Le temps passant l’agrafe se plante dans le grès et s’ancre davantage.
Pas à pas, calmement, élevez-la, cette carcasse.
Ne cherchez pas de prétexte, ne regardez pas la base de cette extravagante étagère.
 
La transe !
 
El Tete, Allan Pave

Bivocalisme en a & e.