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Entrée de clowns

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LE CLOWN
Qui c’est qui vient près du feu avec moa ?
LE CONTRE-PITRE
Ah non ! tu vas encore me faire le coup de l’hypnose. « Aie confiance, croa-z’en moa », je connais.
LE CLOWN
Non, plus d’hypnose mais de la télékinésie.
LE CONTRE-PITRE
La télé, où qu’elle est la télé ?
LE CLOWN
Mais non, je vais nous télé-transporter. On se tire ailleurs, quoa…
LE CONTRE-PITRE
Tu nous paies des vacances ?
(Il chante : « tout ça n’vaut pas un clair de lune à Béthune… » )
LE CLOWN
Chut ! Laisse-toa faire. Imagine que la toale du chapiteau s’est envolée.
LE CONTRE-PITRE
L’étoale a disparu ?
LE CLOWN
La toale. A la place, y a plus que le ciel. Le ciel, c’est le grand air, l’immensité, les zoziaux…
LE CONTRE-PITRE
Et plus si infinitude.
LE CLOWN
Oh, punaise ! mais quelle plaie, ce clown. Respire plutôt.
(Ils font des exercices bruyants de respiration que ponctent les cuivres de l’orchestre d’une ritournelle ironique. Le chapiteau tombe dans une demi-pénombre. )
LE CLOWN
C’était pas prévu qu’on parte aussi vite. Tant pis, le directeur se passera de nous.
LE CONTRE-PITRE
On ferait mieux de filer.
LE CLOWN
A propos, t’as vu l’étoale filante ?
LE CONTRE-PITRE
Où ça ?
LE CLOWN
Faisons vite un vœu et nos affaires.
LE CONTRE-PITRE
Oui en vitesse.
LE DIRECTEUR (qui surgit)
Lumière !

D’après Hélène Parmelin, Le contre-pitre – Christian Bourgois éditeur, 1973.