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Didascalies

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La scène représente une salle de bistrot. Lumière crue. A gauche, la porte et une baie vitrée donnant sur une rue par laquelle on entrevoit une enseigne : "pub anglais". A droite, un comptoir (caisse enregistreuse, pompes à bière...). Entre la baie et le comptoir, quelques tables entourées de leurs chaises. Au fond, contre une banquette, d’autres tables. La salle baigne dans une sorte de brume comme si le brouillard de la rue s’y était insinué.

Au lever de rideau, le barman lave des verres derrière son comptoir. Appuyé sur celui-ci, un client sirotant sa bière. Aux deux extrémités de la banquette, Elle et Lui. Ils finissent par se regarder et gagnent le milieu de la banquette dans un lent mouvement quasi reptatoire, sans se quitter des yeux, jusqu’à se retrouver côte à côte. Par la baie à gauche, on voit que le soir tombe. L’enseigne s’allume (rouge). La manipulation des verres par le barman (il les lave, les range...) fait comme une musique de chapeau chinois ou de glockenspiel, comme ces cliquetis de verroterie annonciateurs d’un tremblement de terre.

Le client accoudé au comptoir quitte son tabouret et lentement gagne la porte. Le barman, récupérant le verre vide, soulève une soucoupe à l’endroit du comptoir où ce client buvait et, la soulevant, fait comprendre au public que ce dernier n’a pas laissé de pourboire. Le bruit de carillon que fait la porte derrière celui qui est parti met fin au "concert des clochettes".

Un temps

LE BARMAN, au couple sur la banquette. ─ Alors vous, ce sera quoi ?
LUI, ignorant le barman, sans quitter des yeux sa voisine. ─ Ce sera juste boire le bleu de tes yeux, ton regard, ton visage...

La lumière vire au bleu tandis qu’on entend le ressac de vagues sur une grève.