Accueil Les oulipiens de l’année Crochet à goutte d’eau
Crochet gordien 2

Page précédente Page suivante

Le granit est compact, volume sans vergeure.
Pour le barrer, parfois, pas la moindre fissure
et pas le moindre trou qui ne dessine un œil ;
non plus la moindre arête, échancrure, ni seuil.
The Shield - le Bouclier - enveloppe sa force.
Le granit est compact, comme bombant le torse.

Lorsque l’aspérité ténue a fait défaut
et qu’aucun matériel d’assurage ne vaut,
que la progression s’en remet à l’abîme,
il subsiste un moyen, peut-être. Unique. Ultime.
Réserve des grands cas, baroud au déficit
lorsque l’aspérité n’entame le granit…

Vous prenez un crochet à goutte d’eau tout simple,
un crochet de métal acéré dont l’épingle
fait écaille qui saille, hameçon que l’effroi
d’un petit millimètre arrime à la paroi.
Voilà qu’il est posé sur la roche sans faille.
Vous prenez un crochet, à supposer qu’il faille.

Une petite échelle en corde choit, rideau
faufilant trois degrés dessous la goutte d’eau.
Vous respirez. Alors, que nul spasme n’effleure
où vous calez le pied : la marche inférieure !
Basculez doucement le poids de votre corps…
Une petite échelle endigue vos efforts.

Cette mince margelle abhorre qu’on soit brusque.
Plus lent que lent. Un rien trop vite suffit jusque
soustraire au maigre creux son infime hameçon.
C’est progressivement que, sans heurt ni frisson,
le poids glisse à l’aplomb de l’invisible encoche.
Cette mince margelle agrippe ainsi la roche.

Quand vous vous élevez, encor plus lentement,
évitez à tout prix de regarder l’aimant
sous quoi vous tend la fibre
entièrement. L’air vibre.