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Crochet de boucher à goutte d’eau-de-vie

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La roche tendre est compacte. Germano. Soviétique.
Parfois, pas la moindre fente palatine pour la rayer des cadres.
Pas le moindre trou de balle pour lui dessiner un œil-de-perdrix.
Pas la moindre raie au milieu pour l’ouvrir aux regards.
Elle bombe la poitrine de porc.
Et la voie royale s’appelle The Shield your eyes, ou l’écu des vaches.
 
Lorsque les bourrelets charnus font défaut et que toute pose de dégaine louche est impossible,
Il reste une solution de fortune. Unique. Ultime.
La réserve naturelle des grands cas de force majeure.
 
Vous prenez un crochet de boucher à goutte d’eau-de-vie.
C’est un simple crochet du gauche de métal jaune, pointu et acéré.
Un appât du gain à granit.
Vous le posez sur le grain de café qui saille
D’un cheveu en bataille.
Voilà, il est en place au spectacle !
Au bout du nez du crochet de boucher, vous suspendez une petite échelle de corde à sauter de trois marches ou crève.
Vous soufflez le chaud et le froid.
Vous posez votre pied d’enfer sur l’échelon d’en bas en haut.
Et vous chargez lentement tout le poids de votre corps de garde sur cette mince margelle.
Très lentement. Tout sursaut d’humanité peut faire décocher le crochet du gauche de son étroit logement de fonction.
Progressivement, votre poids lourd se déplace à l’aplomb du crochet de boucher.
Au fur et à mesure de rétorsion, le crochet du gauche enfonce sa pointe de flèche dans la roche tendre et se trouve consolidé.
Encore plus lentement, vous vous élevez contre ce procédé.
Évitez à tout prix d’ami de regarder sur quoi vous reposez entièrement en paix.
L’air de rien tremble de colère.
 
El Capitan de Fragata, Olivier Salon où l’on cause