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Compliment pour gobeur de mouches

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Le fromage est crémeux. Affiné. Alléchant.
Parfois, pas la moindre idée pour s’en emparer.
Pas la moindre crédibilité à invoquer une amitié.
Pas la moindre chance de le partager.
Il déborde d’un bec.
Et le détenteur perche sur un leccio, une yeuse.
 
Lorsque la branche est haute et que toute approche par une technique d’escalade ou de voltige est impossible,
Il reste un moyen. Inique. Ulcérant.
La ruse du mauvais goupil.
 
Vous tournez un compliment pour gobeur de mouches.
C’est un simple compliment en toc, fruste et grossier.
Du verbiage pour corbeau.
Vous en régalez la volaille qui dormaille
D’une belle grande rasade.
Voilà, elle s’en régale.
À la rime finale du compliment, vous suggérez une petite gamme de vocalises sur trois octaves.
Vous écoutez.
Vous ouvrez la gueule dès la première note.
Et vous saisissez goulûment la proie du corbeau entre vos crocs affilés.
Fort goulûment. Tout flatteur habile peut faire dégorger d’un compliment le naïf corbeau.
Tardivement, votre victime saisit le propos du compliment.
Du flatté au flatteur, le compliment fait passer la part de fromage et se permet une leçon.
Encore plus goulûment, vous vous vantez.
Entreprenez en toute impunité de savourer ce que vous avez acquis ignominieusement.
L’air satisfait.
 
Il Corvo Rampante, Sollon Aivier