Accueil Les oulipiens de l’année Fondu au noir
Avec Marcel

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Avec Marcel

La fable est banale, fade, sans sel, c’est exact. Sans flammes ardentes, sans castels en Espagne, sans tapage, sans ravage, ce stratagème : la narrer à l’envers, fera lever la pâte de cette fable à ras de pavé. La narrer à l’envers, le terme devançant la lente marche de la trame, en dément la plate sagesse. Narrer à l’envers c’est se mettre à table devant le dessert, c’est aller de l’enfant à ses parents, à ses grands-parents, à Adam et Ève.

En présentant cet aspect décalé, cet angle désaxé, le thème décevant regagne de l’effet, le schéma terre à terre en semble vert, récent, sans précédent, s’élève à tel avenant caractère d’étrangeté.

N.B.

La traversée est achevée, le danger, le macabre aléa, écartés, la chance s’est attachée à ses pas. Le gars halète pantelant. Rescapé ! Se tâtant : la tête - en place, les bras et les jambes - en place. Sans semelles de vent !

Pendant l’escapade, a flambé le temps de s’agacer, de penser ça va mal, je me perds et, avance, avance davantage. Partant sans balancer, le lascar s’est répété l’adage « Le regard émane de l’âme, pas de tel spectacle navrant ». L’âme à présent rassérénée, le gars se flatte de s’être engagé sans sa canne blanche : malgré l’absence des gendarmes, les chars le ménagèrent à l’égal de ce mage épargné par la chaste Athéna.


Seules voyelles : A et E.