Accueil Les oulipiens de l’année Crochet à goutte d’eau
À la pointe des couteaux

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Si la première fois que j’en ai vu la cime (Musset)
Il joue avec le vent, cause avec le nuage (Baudelaire)
Qu’on appelle rouleurs éternels de victimes, (Rimbaud)
Ce roc vouté par art, chef d’œuvre d’un autre âge (Nerval)
 
Crois-tu donc sous tes pieds avoir encor la terre, (Hugo)
Calme bloc ici-bas né d’un désastre obscur ? (Mallarmé)
Car il ne sera fait que de pure lumière, (Baudelaire)
Ce fin miroir solide, étincelant et dur ; (Rimbaud)
 
Rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds (Rimbaud)
Mais ne saurait marcher sans guide et sans appui (Vigny)
Puisque je sens le vent de l’infini souffler (Hugo)
De ton bandeau d’azur à ton pied de granit. (Nerval) [1]
 
Laissez-moi me pencher sur cette froide pierre, (Hugo)
Tout glisse et tout s’émousse au granit de sa peau (Baudelaire)
Sur la pierre qui tend la corde séculaire (Mallarmé)
Nous avons tous alors préparé nos couteaux (Vigny)
 
Toujours les pieds poudreux et la sueur au front (Musset)
Sachant bien que j’irai où je devais aller (Hugo)
Et par un fraternel et mystique chainon (Baudelaire)
Seul et dernier anneau de deux chaines brisées (Vigny)
 
Pour marchepied tailler une lune d’argent, (Baudelaire)
S’arrêter et poser le pied sur sa conquête (Vigny)
Sans tumulte, sans chocs, sans efforts haletants, (Hugo)
Je sais qu’il faut souffrir pour monter à ce faîte (Verlaine)
 
Monté sur la montagne en présence des cieux (Hugo)
Dans la force et la fleur de la belle jeunesse (Musset)
Sur la gloire un instant j’osai fixer les yeux. (Nerval)
Terre et Ciel ! avez-vous tressailli d’allégresse ? (Vigny)

[1Nerval dans "À Mme Aguado" fait rimer "granit" avec "nid" :
"Colonne de saphir, d’arabesques brodée,
Reparais ! Les ramiers s’envolent de leur nid ;
De ton bandeau d’azur à ton pied de granit
Se déroule à longs plis la pourpre de Judée."