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Sassan, ou le sceau du sort

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Six suffocantes soirées en selle, et nous sommes dans la sierra de
Sassan, siège du Simoun Sempiternel. Le ciel sans cesse cyclonique
suinte des senteurs de sable et de sel, et soulève une subtile cendre
de sang qui s’insinue sur nos souliers et sous nos slips. Son
sifflement strident n’a de cesse, suspendant tous les speechs dans les
squares. Le Syllabus du Souci des Sables sussure que si le simoun
cessait subitement de souffler, les soubassements des cent cités de
Sassan sombreraient.

A Sassan, le soir où cesse la saison sèche, le simplet qui célèbre son
seizième semestre saisit, sans le sélectionner, un sceau de soufre au
sein d’un sac de soie.

Sur ce sceau sont ciselés les statuts des semestres suivants.
Le sortilège sélectionne aussi bien son salaire,
le sobriquet de son sweetheart, la somme
de ses successeurs que la seconde où il soufflera son sinistre soupir.

Certains sorts sont sereins et sensibles, d’autres d’une stupéfiante
stupidité, quelques-uns seulement scandaleux et sanglants. Mais aussi
scabreux soient-ils, tous les citoyens de Sassan s’y soumettent
scrupuleusement, sans spleen ni soulèvement.

Nous avons signalé à notre cicerone notre surprise. Il a souri.

— Subir le plus sordide des sorts n’est rien, si l’on sait que sa
souffrance ne suit pas une sentence.

(Cités de souvenirs - Servais Le Sellier - 765 Serge Supranational)

Le sifflement des substantifs et signifiants similaires symbolise
celui du Simoun Sempiternel.