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Marcel à la frontière

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À supposer que j’aie envie de passer une frontière, je me contenterais peut-être de pousser une barrière (l’herbe, n’est-ce pas, est toujours plus verte dans le champ du voisin) transgressant ainsi la limite imposée par mes parents, la grille séparant notre jardin de la rue, ce lieu de tous les dangers redoutés par ma mère — autre Clémentine , autre mère Pouche — mais quoi, maintenant je suis adulte, pas une maliette, pas une mauviette, veux-je dire, et même si passer une frontière, c’est toujours un peu émouvant, je ne craindrais plus de découvrir un paysage finalement pas très différent, de respirer un air similaire , et de fouler une terre qui est ni tout à fait la même, ni tout à fait une autreHeimlich ? Unheimlich ? —, de marcher sans déroute sur une autre route, de déchiffrer les pictogrammes, les idéogrammes, les signes cabalistiques, hiéroglyphiques, runiques des panneaux routiers et autres pétroglyphes, de franchir la porte d’une boulangerie — mais un tel magasin mérite-t-il le titre de boulangerie, puisqu’on n’y trouve ni pain azyme, ni baguette, ni bâtard, ni flûte, ni fouace, ni fougasse, ni gâche, ni pain brioché, ni pain complet, ni biscottes et encore moins ce petit coquillage de pâtisserie, si grassement sensuel, sous son plissage sévère et dévot, alors, au secours, Maman, j’étouffe !


Texte à démarreur, tireur à la ligne avec allusions et citations (Vian, Verlaine, Freud, Proust).