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La nuit turque

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La nuit... quand nous aurons attisé nos lanternes, onc ne distinguerons la nuit. Quand il y a les lanternes, il n’y a que leur lueur qui a du sens. La lueur est une addiction. Ce soir, regardez, le ciel a chassé tous ses nuages en cadeau ! Il a accroché en haut du caisson ses clous d’acier et sa lune élégante, en arrondi d’ongle soigné. Si l’on s’y gèle, c’est sûr, on se console en inhalations, on s’aère, c’est les congés et le stalag des congés ! Il n’y a là nul océan, c’est certain, adoncques le ciel n’est hideux en tant qu’icône de l’éternité. On ne s’attendait guère à des congés si tôt, ni si longs ! Regardez cette étoile, je la considère, tu la considères, oui-da : en réalité elle n’existe déjà, toute lueur d’étoile est décédée quand elle nous rejoint.

Chantal Jacques Rohilare, Turquerie de nuit.

Lipophone en b, m, p, v, f : on peu dire ce texte en jouant les ventriloques.