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La Muette nuit de Godard

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Je me souviens que la nuit, quand papa allumait sa torche de cracheur de feu, on ne voyait plus que lui.
Je me souviens, en face de notre chapiteau, de la baraque de l’hypnotiseur, tendue d’une sombre toile lourde cloutée de clous dorés et de la pluie qui glaçait badauds et chalands.
Je me souviens de la Muette nuit de Jean Godard, apprise au collège en cours de récitation ; enfin, je me souvenais surtout de son titre et de ses deux derniers vers (je l’ai relu tout à l’heure pour l’occasion).
Je me souviens du « Si vous n’aimez pas la mer, si vous n’aimez pas la montagne… » de Belmondo dans un film d’un autre Godard.
Je me souviens des vacances qui paraissaient durer presque trop longtemps, quand, fin septembre, tout le monde était rentré et que j’attendais l’ouverture de la faculté des Lettres qui faisait sa rentrée bonne dernière, à la mi-octobre.
Je me souviens des nuits d’août bien frisquettes, où, allongés dans les champs, nous nous endormions en attendant les étoiles filantes. Je me souviens des retours de nuit, et des voitures réduites à la lueur de leurs phares, disparaissant dans l’obscurité sitôt croisées.