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L’art atroce

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Souvent, pour résister, les hommes mis en cage
Dans les camps des Nazis, des Soviets ou des Khmers
Évoquent un repas, une femme, un voyage,
Qu’ils racontent du fond de leurs gouffres amers.
 
Tel qui fut comédien se revoit sur les planches,
Jadis paré d’azur, à présent si piteux.
D’autres, apercevant des bouts de toiles blanches,
Croient surprendre un tableau qui traîne à côté d’eux.
 
Ces artistes zélés dont la mémoire seule
Voit des fragments de beau dans l’empire du laid,
Une fleur de Monet, de Rembrandt une gueule,
Les arrache un instant au désespoir complet.
 
Le Lionnais est semblable à ces âmes damnées ;
Au cœur de la tempête il trouve où s’accrocher.
Exilé au milieu des hordes condamnées,
Son savoir de géant l’empêche de flancher.

D’après L’Albatros de Charles Baudelaire, avec conservation des rimes.