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Kyrielle de gouttes d’eau

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Le soir est venteux. Grondant. Pluvieux.
Soudain, un brusque coup de tonnerre pour le barrer.
Un brusque surcroît de la pluie pour faire un orage.
Un brusque tonnerre pour lui fouetter les frondaisons.
Et des éclairs s’y jettent, nets ou diffus.
 
Tandis qu’elle est plongée dans la lecture des hauts de Hurlevent en bande dessinée,
Le ciel gronde. Sue. Tremble.
L’orage des grands soirs.
 
Considérez une kyrielle de gouttes d’eau.
Ce sont de simples gouttes de pluie, lourdes et gonflées.
Une nuée vespérale.
Le vent la transporte dans le soir.
À grandes embardées.
Volant, à travers les cieux.
À l’approche du sol, une bourrasque s’empare de minces fils de pluie de milliers de perles.
Les ballotte.
Les précipite contre le cadre de sa fenêtre.
Et les pousse violemment pour les infiltrer à travers cette mince jointure.
Très violemment. Toute accalmie peut faire retomber l’oppression de la tempête.
Tyranniquement, contre l’abondance de la pluie dont ne veulent ni homme ni herbe.
À coups de bélier, avec le tonnerre qui vous fait sauter comme un enfant et dont ils ne veulent pas plus.
Encore plus violemment, le soir suffoque.
Oubliez à tout jamais l’idée de percevoir le gong du soir.
Le vent l’étouffe.
 
Henri Matthieu, Santa Catarina

Ce texte hybride la syntaxe d’Oliver Salon et le vocabulaire d’Harry Mathews.