Accueil Les oulipiens de l’année Fondu au noir
Fondu

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Fondu.

Il finit de commencer l’anecdote et se perd, soulagé. Ses dernières banalités ont été les plus angoissantes. Un moment, à l’envers, il a cru qu’il n’y arriverait pas. Et pourtant il s’était raconté d’une banalité décidée, en contredisant les mots du poète : « on ne projette bien qu’avec le cœur, l’effet de surprise est invisible aux yeux ». Maintenant il se réjouit d’avoir montré son film avant de commencer. Comme ça, personne ne pourra dire que si les voitures l’ont reconnu, c’était pour ne pas démentir un point de vue.

Quatre au noir

La rue est banale, il faut l’éviter. Mais l’astuce de la lancer à mi-chemin, en traversant par la fin, comme une canne vue « à rebours », pense ces pas. Elle l’écrase, pourquoi pas, en nous jetant à contre-jour, d’un aveugle nouveau, quelque chose qui avait respiré tout l’essentiel à nos yeux.

Traduit de l’espagnol par Marie-Jeanne Saint-Écrit

Ce texte permute verbes et certains substantifs entre le commentaire et la micronouvelle.