Accueil Les oulipiens de l’année La Peinture à Dora
Dix mots pour FLL

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C’est le soir quand ils rentraient de l’atelier, du chantier, après la journée de travail attendant la fin de l’interminable appel que François Le Lionnais imaginait feuilleter un catalogue de peinture. Il essayait de retrouver les moindres détails de La Vierge au Chancelier Rolin de Van Eyck, par exemple : comment était le bouquet de lys qui se trouvait du côté de Marie exactement à mi-largeur du tableau ? Puis il étudiait le Portrait de Georg Gisze par Holbein Le Jeune, en décrivant l’ensemble des objets posés sur le tapis de table : horloge, cachet, sceau, boite emplie de pièces de monnaie. Dans La Tempête de Giorgone, le coup de foudre à l’arrière-plan montrant la colère de Jupiter allait-il bien de la droite vers la gauche du tableau ?
Cette galerie de peinture, il la sollicitait aussi quand un détenu de son équipe disparaissait pour se protéger contre le désespoir qui le saisissait, « Une galerie d’œuvres immatérielles se dispose au fond du tunnel où mouraient par centaines les détenus » (Jean Clair).
C’est la connaissance qu’il avait de ces chefs d’œuvre et du savoir-faire des peintres qui l’aidèrent à tenir.
J. Clair nous dit aussi qu’il ne fut pas un cas unique. Pour survivre vis-à-vis des barbares, « Pour lutter contre l’anéantissement de l’âme, les poèmes, les tableaux, les savoirs étaient page après page remémorés, convoqués, invoqués. »
Voilà comment l’esprit de FLL continuait à lutter à Dora.

Le texte cite en ordre alphabétique les 10 mots semés au loin à l’honneur en 2013 : ATELIER, BOUQUET, CACHET, COUP DE FOUDRE, ÉQUIPE, PROTÉGER, SAVOIR-FAIRE, UNIQUE, VIS-À-VIS et VOILÀ.

Citations de Jean Clair, « La Barbarie ordinaire. Music à Dachau », Gallimard, 2001.