Accueil Les oulipiens de l’année Crochet à goutte d’eau
Crochet aux dents

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Le granit est dense. Lustré. Glorieux.
À l’occasion, aucune anodine craquelure ne l’entaille.
Aucun trou ne lui dessine un œil.
Aucune arête dérisoire ne l’échancre.
Il dilate le torse.
The Shield, l’écu, désigne l’itinéraire.
 
Lorsque, ayant renoncé au secours des lézardes, tout ancrage d’outils d’assurage et d’escalade est insensé,
Il reste une astuce. Unique. Dernière.
La solution des grands cas.
 
On se saisit d’un crochet à goutte d’eau.
C’est un ordinaire crochet d’acier, aigu et acéré.
Un clou à granit.
On l’installe sur l’écaille qui saille
D’un rien.
Ça y est, il est installé.
À la queue du crochet, on attache une succincte échelle de corde à trois degrés.
S’oxygéner alors.
On installe sa chaussure sur le degré contigu.
Et, lent échange, on charge de tout son corps ce lien ténu.
Rester très lent ! Tout geste soudain risque de déloger le crochet de son étroite encoche.
Trajectoire graduelle, le corps se décale juste au-dessous du crochet.
Et c’est d’autant que le crochet introduit son aiguille dans la roche, s’en consolide.
Lent quasi telle une statue, on escalade.
Surtout, s’interdire de regarder sur quoi l’on tient tout entier.
L’air oscille.
 
El Sargento, O. Salon, éditions Guérin, 06

Texte sans labiales ni labiodentales. Mâchoire inférieure immobile, lecture ventriloque aisée.