Accueil Les oulipiens de l’année Crochet à goutte d’eau
Cachet libérateur

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Le visage est compact. Lisse. Superbe.
Parfois, pas la moindre faille pour montrer le désarroi, la peine, la douleur.
Pas le moindre émoi pour sembler venir troubler l’œil.
Pas la moindre émotion pour ébranler l’édifice, et pourtant.
Elle bombe le torse.
Et souvent on l’appelle The Rock, le rocher.
 
Lorsque les sensations sont absentes et que tout sentiment de bien-être est impossible,
Il reste un moyen. Unique. Ultime.
L’exutoire suprême.
 
Vous prenez un cachet avec une goutte d’eau.
C’est un simple cachet de somnifère, puissant et allongé.
Un hameçon à sommeil.
Vous le posez sur la langue qui sort
D’un tout petit millimètre.
Voilà, il est posé puis avalé.
À l’intérieur de la cavité buccale, vous sentez déjà un petit engourdissement et descendez en esprit de trois étages vers le sommeil réparateur.
Vous respirez plus lentement.
Vous posez le pied sur la marche inférieure de votre loft, puis l’autre et atteignez ainsi votre lit.
Et vous chargez lentement tout le poids de votre corps sur cette mince couche, vous vous étendez.
Très lentement. Tout geste brusque peut venir troubler l’effet du cachet et de sa posologie.
Progressivement, votre poids se fait plus lourd sur le matelas.
Au fur et à mesure, l’effet du cachet monte en puissance dans votre tête et son emprise s’en trouve consolidé.
Encore plus lentement, vous sombrez dans les limbes.
Évitez à tout prix de penser à quoi que ce soit, vous vous reposez entièrement.
L’air vibre, la délivrance temporaire est là.