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Bouleversements / Laboureur épuisé

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Les bouleversements qui traversent la terre,
Ne troublent vraiment pas celui-là qui ne pense
Qu’à lui, qu’à ses plaisirs, ignorant la souffrance
D’autrui, indifférent à tous ses congénères.

Comment alors peut faire celui qui possède
Les biens et l’apparat, la fortune et l’aisance,
Lui, qui leur attache tellement d’importance ?
Car il perd tout cela le jour où il décède !

Mais de l’indifférence il faut franchir le fleuve,
Et de compassion il faut que l’on s’abreuve,
Une fois parvenus jusques à cette rive.

Que l’amour du prochain toujours bien nous traverse
L’âme, que sans répit à ce soin on s’exerce,
Et que ce sentiment sans cesse l’on cultive !


Laboureur épuisé ! Tu traverses la terre
De ton soc vigoureux, tu chantes en cadence !
Ah ! Comme il a bien tort, oh oui ! celui qui pense
Que du sol ne viendrait qu’une odeur délétère !

Pour travailler la glèbe, il n’est point de mystère ;
Il faut se lever tôt pour gagner sa pitance,
Dès que le clair soleil affirme sa présence,
Avant d’être surpris par un coup de tonnerre.

Bienheureux celui qui à cet effet possède,
Afin d’en être aidé, un fringant quadrupède,
Palmipède sinon pour traverser le fleuve.

Sur l’aile du canard il atteindra la rive
Après une équipée vraiment récréative,
Bien las, mais satisfait à l’issue de l’épreuve.