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Annan, ébène et blanc

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Sept années de trajet harassant mènent en val d’Annan, cravaché par les vents salés. Sans relâche, les rafales répandent la cendre écarlate arrachée à la terre. Dans les vêtements tachés les êtres prennent l’aspect de spectres sanglants. Parler ne permet pas de s’entendre, là bas le verbe est gestes.
D’après la charte de l’Axe des Sables, ce grand halètement de vent est garant des remparts, des temples, des cabanes.
En mars, s’épanche l’averse vernale, déjà l’enfant pressé d’échapper à la tendresse maternelle s’engage par le hasard de la carte d’argent.
Le texte gravé de cette tablette trace avec éclat sa chance et sa malchance mêlées, sa part réservée. Parenté, descendance, talents, la date fatale même, le message l’apprend. Extase à la cathédrale, caresses des amants, calme à la campagne, fade agrément des pénates, menace des armes, enfermement, barbelés. sans chercher à altérer ce décret, les gens d’Annan le respectent à la lettre.
Je m’exclame « Amer esclavage ! »

— « Même le massacre est bagatelle, avance le prêtre affable, à l’âme exempte de débat. »

À l’écart de l’enfer - Anne Hape et Hervé le Tellan

Curieusement, ébène est A, blanc est E