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Ulysse au bistrot

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Ils s’attablèrent à l’auberge étincelante.
Zeus l’Amonceleur des nuées y avait déposé
Une légère brume prise aux outres de Borée.
Pallas γλαυκῶπις faisait briller l’air tout autour d’Ulysse.
Les yeux éblouis par cette aura son esprit se partageait
Entre le doux souvenir de Pénélope la fidèle
Et la radieuse présence de l’étrangère au regard marin.
Et leurs pensées serpentaient de l’un vers l’autre
Jusqu’à leurs prunelles vives comme la foudre
Et pénétraient leurs esprits tandis que s’assombrissait l’espace.
Et leurs lèvres desséchées par le désir s’humectaient à la liqueur
Qui chantait dans les coupes que l’Échanson leur avait remplies.
Et les yeux de l’étrangère paraissaient à Ulysse comme deux flambeaux
Où Aphrodite qui retourne les cœurs aurait placé l’éclair d’Éros.
Et Ulysse aux mille ruses y voyait l’avenir que Zeus lui réservait sur la mer,
Les mille possibilités de revoir Ithaque et la fidèle Pénélope
Ou de rester avec l’étrangère au regard marin.
Et un hôte indélicat quitta la brillante auberge
Sans laisser l’obole due aux servantes affairées.
Et l’Échanson pour accomplir à nouveau le devoir d’hospitalité attendait
Que ses hôtes choisissent quel autre nectar leur serait versé aux coupes recourbées.
Mais Ulysse et l’étrangère ne voulaient pour l’instant rien d’autre que de boire
Aux yeux l’un de l’autre le feu clair qu’Éros venait d’y allumer.
Et Ulysse s’enivrait aux yeux couleur de mer de l’étrangère y voyant un présage.
Et il s’enivrait à la contemplation de son beau regard et de son visage.
Et de nouveau l’inquiétude et l’espoir de la mer et de ses mille dangers
L’attirait pour qu’il s’y jetât et avec elle y nageât si Zeus le permettait.