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Ulud

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Après un jour à naviguer dur, nous entrâmes tard dans l’archipel rassurant d’Annan — non sans nous sentir dérangés, la mer ayant été forte. Mais nous fûmes fêtés en empereurs, et avons bu de la liqueur du chef insulaire des trois monts.

On peut rejoindre à pied tout endroit de la rade. Des gués de corail envahi d’un sable jaune ondulent entre des eaux bleues. Les résidents d’Annan vivent de mets de merlans frits et de fruits ronds, mais la nature est florissante et l’on n’a jamais faim. Les enfants vont jouer en liberté, dorlotés par tous, ignorant qui est leur mère.

Il règne sur les îles d’Annan une tradition surprenante : leur Dieu grognard y refuse aux hommes et femmes le don de connaître le bonheur physique deux fois avec tel même partenaire. Les ménages se font et défont donc aussitôt, et sans hasard, l’on quête de récif en récif un nouvel ami de lit. Il arrive parfois, après tant de corps et de têtes, que l’on ne se souvienne de rien. Le coït est alors autorisé, car le Dieu, sans doute, y est inattentif.

Nous avons toutefois rencontré certains ménages qu’on prétend unis depuis des années. C’est qu’ils vivent dans l’abstinence totale, voire, plus souvent encore, qu’ils simulent l’un comme l’autre, pendant l’acte, un parfait déplaisir sexuel.

Ce texte emploie les mêmes 999 lettres que l’« Annan » de Le Tellier, mais paraphrase « Ulud », une autre de ses « Cités de mémoire ».