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Les vers à soie



Les vers à soie           dans
le
ils ne         pas ces       blanches
et
pleines d’un sucre qui ne fait pas d’alcool
les vers à soie qui sont patients et douillets

           les
feuilles avec un bruit
ça les endort      autour de leurs épaules
ils tissent un cocon rond aux deux pôles
à fil de bave, puis        
rassurés

En le dévidant
on tire un fil de soie
dont on fait pour une belle      une robe
belle           qu’elle porte
avec allure

Quand la            on enterre la soie
avec elle et on plante, sur sa       en octobre,
un        où sans fin les vers à
soie          .

Jacques Roubaud, des vers à soie et Alain Chevrier

Le Poète est aux champs, dans sa Provence natale. Il vient d’écrire son poème sur et sous un mûrier à soie, au bruit des vers à soie sauvages (ils n’existent pas) qui grignotent les feuilles. Ça l’endort, et il sommeille sous cet arbre. (Il peut se le permettre : le mûrier n’est pas un mancenillier.) Alors les vers à soie se laissent tomber, chacun de sa feuille d’arbre, sur la feuille de papier que sa main a lâchée. En effet, cette feuille est en « papier mûrier », d’où leur tropisme envers sa substance. Ce papier est un papier de luxe, goûté pour ses effets de transparence, qu’on fabrique en Chine depuis le début du Ve siècle à partir des fibres de l’écorce fine du mûrier à papier (Broussonetia papyrifera). À l’instar du mûrier à soie, cet arbre a été importé en Provence. À son réveil, le Poète s’aperçoit que les vers n’ont mangé que les mots comportant une certaine lettre. Oui, une seule lettre, qu’ils ont mangée, miam, miam, une lettre maternelle… Comme il le trouve plus joli comme çà, et même plus moderne, il le garde tel quel et le publie sous cette forme. On peut rêver, non ?


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