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Ta parole joyeuse

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Ta parole joyeuse a des mots despotiques !
Regarde, je suis venu m’asseoir sur cette pierre
Au jardin de mon père où revit toute fleur
Vivez, froide Nature, et revivez sans cesse !
Et le soleil, le soir, ruisselant et superbe
Refermant ses grands yeux, meurt sans jeter un cri.
Si le ciel et la mer sont noirs comme de l’encre,
En quelque endroit que j’aille, il faut fendre la presse.

Las ! Où est maintenant ce mépris de fortune ?
Ah ! Qu’en termes galants ces choses-là sont mises !

Tantôt, cherchant la fin d’un vers que je construi ; (1)
Excuse un malheureux qui perd tout ce qu’il aime.
Rends-moi le Pausilippe et la mer d’Italie
Rendez-moi, s’il vous plaît, ce billet innocent
Et plus que l’air marin la douceur angevine,

Cet honnête désir de l’immortalité.
Ecoute seulement ce soupir amoureux
Le jour n’est pas plus pur que le fond de mon cœur.
Une atmosphère obscure enveloppe la ville ;
Il est des parfums frais comme des chairs d’enfants

Quand le ciel bas et lourd père comme un couvercle,
Une flatteuse erreur emporte alors nos âmes :
Ils allaient conquérir le fabuleux métal…

Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ?
Et les Muses de moi comme étranges s’enfuient…
Nos cœurs que tu connais sont remplis de rayons,
Sous la pourpre flottante et l’airain rutilant,
Elle a vécu, Myrto, la jeune Tarentine !

Paraissez, Navarrais, Mores et Castillans !
O mort, vieux capitaine, il est temps, levons l’ancre !
Songe aux cris des vainqueurs, songe aux cris des mourants
Sonnez, sonnez toujours, clairons de la Pensée !
Ecoute, bûcheron, arrête un peu le bras,
Décharné, dénervé, démusclé, dépoulpé !
Eternel ennemi des superbes puissances,

Le navire glissant sur les gouffres amers
Au fond de l’Inconnu pour trouver du Nouveau

Rendons-lui les tourments qu’elle me fait souffrir,
Il se déguise en vain : je lis sur son visage…
Vous voyait-il de l’œil qu’il vous voit aujourd’hui ?
Et tout homme d’honneur s’en doit scandaliser,

Eclairer pour lui seul l’horizon effacé.
Tout l’hiver va rentrer dans mon être : colère…

Laissent parfois sortir de confuses paroles,
Et le soupir d’adieu du soleil à la terre.

Fourmillante cité, cité pleine de rêves,
L’homme y passe à travers des forêts de symboles ;
Emmène-moi, wagon, emporte-moi, frégate !
Une rose d’automne est plus qu’une autre exquise,
Valse mélancolique et langoureux vertige !
Et le désir s’accroît quand l’effet se recule…


Chaque vers est la pièce d’un centon. En le tapant dans un moteur de recherche, on devrait en retrouver la source. Seconde contrainte singulière, l’ensemble du poème est acrostiche du haïku de Michelle Grangaud.

(1) Vers 11, "construi" = orthographe de Boileau, "Épître VI", où la forme ancienne du mot rime avec "fui".